Jeudi 24 Avril 2014
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32 patients sans soin

Article inaugurant la création de ce site

Septembre 2008

Infirmier diplômé d'État, Philippe SARLAT crée l'Appui Infirmier, un cabinet d'infirmiers libéraux sur Tarbes (Hautes-Pyrénées) orienté sur la prise en charge des malades psychiques suivis dans le secteur privé.

 

Philippe Sarlat, Infirmier Diplômé d 'État Libéral


Les malades psychiques ayant choisi librement un médecin psychiatre privé se retrouvent face à un vide de soins lorsqu'ils sortent d'hospitalisation. Alors que dans le secteur public les patients bénéficient de structures de réadaptation, telles que les Centres Médico-Psychologiques (CMP), les Centres d’Accueil Thérapeutiques à Temps Partiel (CATTP)  ou les hôpitaux de jour, ceux du secteur privé n'y ont pas accès, aucun service de suite n'est prévu.

Philippe SARLAT s'organise et propose d'apporter une réponse à ce vide de soin en constituant trois équipes d'infirmiers qui respectent des niveaux de prise en charge et coordonnent les soins autour des malades psychiques. Les résultats sont à la hauteur de leurs attentes, avec pour certaines personnes des reprises de vie sociale et professionnelle, élément significatif de la finalité de l'action: le retour à l'autonomie pour ces patients.

Mars 2010

Suite à un contrôle de la CPAM des Hautes-Pyrénées où aucune fraude n'a été reconnue, la Directrice et le Médecin Conseil demandent de ne plus facturer d’actes infirmiers de soins auprès des personnes dépendantes lorsque cette dépendance est liée exclusivement à une pathologie psychiatrique. Ainsi, sous la pression, tous les collaborateurs de Philippe SARLAT décident de quitter la collaboration. Il reste seul durant plusieurs mois à poursuivre le suivi des patients.

À la même période, l'Appui Infirmier est reçu par le Ministère de la Santé, auquel il présente son activité, les résultats obtenus, et les perspectives d'avenir. À l’issue, un projet de coopération entre professionnels de santé (psychiatres, médecins généralistes, infirmiers) pour la prise en charge des malades psychiques du privé est rédigé. Il est envoyé aux délégués territoriaux de l’Agence Régionale de Santé (ARS). Il est défendu par le SNIIL (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux), l’Ordre des Médecins 65, les familles des patients concernés, les médecins prescripteurs.

 

Projet de coopération entre professionnels de santé - Page de couverture

 

« Amélioration de la qualité et des prises en charges et des conditions de sécurité des malades psychiques suivis dans le privé. »

Travail réalisé dans le cadre de l’article 51 de la loi N°2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients à la santé et aux territoires (HPST).

Septembre 2010

Philippe Sarlat est rejoint par Marie Woimbée, également infirmière diplômée d'État. Ils décident de défendre le droit d'accès aux soins des malades psychiques du secteur privé. Ils se mobilisent, organisent leur action et entament diverses démarches comme la création du site web: infirmier-psy-liberal.com

 

Marie Woimbée, Infirmière Diplômée d 'État Libérale


Décembre 2010

Un courrier de la CPAM des Hautes-Pyrénées datant du 1er décembre 2010 indique :  «  […] nous vous demandons instamment de ne plus facturer à l’Assurance Maladie des D.S.I. (Démarches de Soins Infirmiers) et A.I.S. (Actes Infirmiers de Soins) pour des patients ne présentant qu’une dépendance liée exclusivement aux affections psychiatriques  […] ».
Ce courrier de la CPAM tente de faire référence à la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) du 11 mars 2005. Or, nulle part dans l’article 11 on ne peut lire que les malades psychiques dépendants ne peuvent bénéficier de soins infirmiers.

Ainsi, qui donc ira faire les soins d’hygiènes à des patients autistes ou schizophrènes ? Qui se souciera de ces personnes souvent isolées ? Qui les aidera à se maintenir dans un niveau de santé satisfaisant, leur préparera les piluliers, les aidera à accepter leur maladie et leurs traitements ? Qui les rassurera plutôt de les laisser décompenser seuls ? Et enfin, qui alertera les médecins ou le SAMU lors d’un passage à l’acte auto ou hétéro-agressif ?

En France, l'article 225-1 du Code pénal définit une liste de critères qui entrent dans la constitution d'une discrimination :

« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.»

Depuis ce contrôle, la CPAM rejette toutes les D.S.I. qui concernent les malades psychiques. Des dossiers sont en attente de jugement au tribunal de la sécurité sociale. La CPAM n’attend même pas ses conclusions.

Nous sommes confrontés à une décision qui ne s’appuie sur aucun texte. Nulle part dans la nomenclature il n’est écrit que les malades psychiques ne peuvent bénéficier de soins infirmiers.

Notre action

Nous proposons une prise en charge concrète et adaptée :

  • Observation et évaluation des conditions de vie et de confort, mise en place de relais sociaux (aide ménagère, portage de repas, etc)
  • Surveillance de l'hygiène, stimulation et/ou aide, surveillance des différents paramètres (tension artérielle, pulsations cardiaques, etc)
  • Préparation, administration et surveillance de la prise des médicaments, éducation aux traitements et leurs effets
  • Éducation à la pathologie du patient, aide à l'acceptation de la maladie
  • Prévention des risques suicidaires et des passages à l’acte auto et/ou hétéro-agressifs, gestion des crises d'angoisse et autres
  • Entretiens visant à l'épanouissement personnel, relation d'aide
  • Coordination des soins, rappel des RDV médicaux, etc
  • Travail de suivi et de transmissions écrites pour chaque patient.

Cette prise en charge s'inscrit dans un véritable réseau de soins. L'infirmier coordonne l'ensemble des actes constituants la prise en charge des patients. Ce travail de coordination est essentiel pour que celle-ci soit cohérente et adaptée. L'infirmier est le lien entre tous les acteurs sociaux-médicaux qui gravitent autour des patients (médecins généraux, psychiatres, tuteurs, gouvernantes, etc.). Ce travail requiert du temps, des capacités organisationnelles, méthodologiques, et à l'heure actuelle n'est pas rémunéré.

Grace à ce travail nous avons réduit les hospitalisations et maintenu un meilleur état de santé. Médecins, patients, familles, tous sont satisfaits.

Pour ces malades chroniques qui dépendent d’un traitement chimique autant que relationnel, il semble important qu’un infirmier libéral expérimenté en psychiatrie puisse les prendre en charge dans leur globalité comme le préconisent les rapports Milon et Couty. L’infirmier libéral, à l’instar de l' infirmier de secteur, peut poser des diagnostics infirmiers, identifier les problèmes de santé, établir une relation de soins, réaliser des soins de réadaptation, d’éducation et coordonner les actions de soins autour du patient. Son décret de compétences le permet et plus précisément le rôle propre de l’infirmier .

Nous sommes face à un vrai problème de Santé Publique, à la fois éthique et financier.

Nous avons besoin de soutiens pour que la CPAM reconnaisse le droit de ces patients et accepte le remboursement de leurs soins.

Et nous posons la question suivante : Que faisons-nous de ces 32 patients ?

Pour soutenir notre action : signez la pétition en ligne

Catégorie : Action engagée